Le plaisir, ça nous connaît ! Mais celui de la féminité, le bonheur de se sentir femme aujourd’hui, dans notre culture et notre société… ça y est, il est désormais à notre portée !

On peut enfin avoir le beurre et l’argent du beurre !

« Le grand progrès, c’est qu’aujourd’hui, les femmes sont capables de faire comme les hommes et de s’autoriser à vouloir les mêmes choses qu’eux, c’est-à-dire le beurre et l’argent du beurre : un espace professionnel investi, voire surinvesti, et un espace familial gratifiant », explique la psychanalyste Sylviane Giampino. On veut être autonome financièrement, choisir nos amours et le moment d’avoir des enfants, nous investir dans notre travail mais garder du temps pour la famille, être mères comme autrefois tout en ayant les contraintes des femmes d’aujourd’hui. Et se faire « faible » femme dans l’intimité. « Tantôt elles revendiquent leur autonomie et leur liberté et tantôt elles appellent à l’aide et au secours parce qu’elles veulent en même temps être sécurisées dans leur vie affective » insiste la psy.

Contradictoire ? Oui, mais on assume. Ca fait partie du plaisir. On a assez bataillé pour ça. « Les femmes commencent doucement à recueillir les fruits de leur courage et de leur intelligence depuis près d’un siècle. Elles ne se sentent plus autant obligées d’endosser les habits du masculin pour se réaliser socialement, pour prendre le pouvoir, être maîtresses de leur vie, et elles ne se sentent pas coupables d’être aux prises avec des contradictions : elles arrivent à mieux vivre avec. »

On n’a plus besoin de s’«excuser » d’être heureuse

Il n’y a pas si longtemps, ça la fichait mal de mener sa barque comme on l’entendait. Quand on sortait du cadre, on faisait profil bas. Peur de passer pour une mère indigne, une frivole, une futile, une différente de la norme. Alors on se plaignait (« C’est pas si facile », « C’est dur »). « On rencontrait énormément de femmes dans la plainte, comme si elles avaient besoin de se justifier auprès de leurs interlocuteurs quand elles étaient des femmes épanouies, heureuses, qui suivaient leur propre parcours » dit encore Sylviane Giampino.

Côté culpabilité, ça va nettement mieux. « Par rapport à la réussite professionnelle, par exemple, il y a moins de mécanismes d’auto-inhibition », constate Sylviane Giampino. De plus en plus de femmes trouvent désormais évident et normal de réussir professionnellement, d’avoir des enfants qui vont bien, de négocier la qualité de la relation avec leur homme, de formuler leurs attentes, leurs besoins, leurs désirs sans se sentir obligées d’en payer le contrecoup (ou de faire croire qu’elles le payent).

On a la liberté de choisir notre vie

Evidemment, ce n’est pas aussi simple. Il faut d’abord et avant tout avoir conquis son autonomie psychique pour envisager la possibilité de la liberté. Pour Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste , c’est même plus essentiel que l’indépendance financière : « L’autonomie psychique, c’est la capacité de se penser comme capable de faire des choix, de décider, d’inventer, de changer de registre, de rentrer dans des personnages, de jouer». Jubilatoire et vertigineux.
« C’est agréable mais difficile. La possibilité d’exister comme sujet est très responsabilisante aussi. Ce n’est pas léger. Cela implique que l’on est responsable de ses choix » précise la psychanalyste Sophie Cadalen . Mais, par exemple, concrètement, une femme peut désormais exister en dehors du couple si elle en a envie, souligne-t-elle. Et sans avoir à cacher le bien-être ou le mieux-être que cela peut lui procurer.

On peut jouir de ce que l’on est

A en croire la psychanalyste sexologue Catherine Blanc, tout est lié : « Souvent, les femmes pensent que le plaisir (sexuel) est dans la puissance et la démonstration, alors qu’il est au creux de soi. » Il est l’expression de notre créativité, dans la découverte de « l’infinie aptitude qui nous est propre mais qui doit naître en nous ». Il faut trouver qui l’on est et jouir de ce que l’on est pour pouvoir jouir aussi sexuellement.
« L’épanouissement sexuel passe par une mobilité dans les rôles et la relation. On est objet mais aussi sujet de notre désir parce que, dans une relation vivante, on n’est pas cantonnée à un rôle et un seul » souligne Sophie Cadalen. Les hommes sont désormais à nos côtés dans cette découverte de l’épanouissement. Ils ont compris qu’ils avaient tout à y gagner. Y compris à jouir de leur propre féminité. « Les femmes se sont enfin libérées de l’obligation de souffrir de ce dont elles jouissent » conclut Sylviane Giampino. Mais rien n’est jamais définitivement acquis, ne l’oublions pas. Et pour conserver ce plaisir d’être femme, soyons prêtes à le défendre. Pour le transmettre à nos filles et le permettre aux femmes qui n’ont pas notre chance.